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 Triphine et Conomor

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Merlin
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MessageSujet: Triphine et Conomor   Dim 22 Mai - 22:06

Dans la première partie du vi ème siècle, c'est-à-dire vers 520, le pays de Poher, partie orientale de la Cornouaille armoricaine, avait pour chef Conomor (ou Comorrhe).

La tradition, presque toujours excessive dans ses jugements, en a fait un tyran barbare et cruel. Sa vie n'aurait été qu'une longue suite de crimes, tous plus atroces les uns que les autres.

L'impartiale histoire a surtout vu en Conomor un grand ambitieux qui, pour réaliser de hardis projets politiques, ne regarda pas toujours aux moyens qu'il employait. Elle reconnaît encore que la pensée qui domina la plupart de ses actes était de grouper toutes les petites principautés fondées par les émigrants, éparpillées dans la péninsule armoricaine. Et ce rêve de réaliser l'unité de la Bretagne nouvelle, qui fait de lui une sorte de précurseur de Nominoé, lui vaut un certain nombre de circonstances atténuantes.



Conomor se trouvait à l'étroit dans sa principauté de Poher et dans sa capitale de Caer-Arhès (Carhaix). Pour se donner plus d'aise, il commença par étendre sa puissance sur certaines parties du Léon. Il conduisit son armée victorieusement, en suivant la chaîne de l'Arrhée, puis le cours de l'Elorn, jusqu'à la forteresse de Gésocribate (aujourd'hui Brest) qu'il fit sienne.

Les vingt premières années du règne de Conomor ne suscitent aucun reproche. Il jouit à juste titre de la confiance du roi de France Childebert. N'est-ce pas à lui que ce roi recommande le barde Hoarvian qui sera le père de saint Hervé ? N'est-ce pas auprès de Conomor que le prince Mélar trouve protection contre les agissements de son oncle Rivod ?

Soudain, son ambition grandissante va le pousser aux actes les plus blâmables.

Iona, roi de Domnonée, vers l'an 540, est mystérieusement assassiné. On n'a jamais pu prouver que Conomor ait été l'assassin ou ait armé le bras du meurtrier. C'est beaucoup plus tard que l'opinion lui appliquera la sentence : « A la façon dont on exploite le crime on reconnaît le coupable ».

Conomor voit, en effet, dans la mort de Iona, une occasion d'étendre encore sa puissance. Il épouse la veuve du roi défunt et déclare prendre sous sa protection son fils Judual.

Il se montre tout d'abord bienveillant pour ce fils adoptif. Il gère ses biens avec une honnêteté apparente, qui semble à tous exempte de critique. La reine est pleine de confiance. Aussi avoue-t-elle à son mari un rêve qu'elle a fait : elle a vu son fils siéger au sommet d'une montagne. Tous les seigneurs du pays venaient lui rendre hommage. Ils lui apportaient les dons les plus riches et lui offraient le sceptre d'or, insigne du pouvoir royal.

A l'issue de ce récit, Conomor laisse apparaître ses véritables sentiments :

- Ce rêve signifie que Judual sera quelque jour plus puissant que moi. Je ne le supporterai pas. Demain, je lui tranchera! la tête.

La mère affolée court réveiller son fils. Tous deux prennent la fuite. Ils réussissent à dépister Conomor et ses troupes, traversent la forêt centrale et gagnent la côte septentrionale de l'Armorique. Ils arrivent au monastère de saint Lunaire. Celui-ci les accueille, leur offre une hospitalité protectrice.

Conomor a découvert l'asile où se sont réfugiés la reine et son fils. Il somme Lunaire de lui remettre l'enfant.

- Que Conomor vienne ici, demain à la troisième heure du jour, je lui ferai voir Judual, répond le saint.

Le lendemain, le seigneur de Poher arrive avec une brillante escorte de soldats. Lunaire l'attend dans le jardin qui s'étage entre la mer et le monastère.

- Moine, il faut tenir ta promesse. Je veux voir Judual, montre-le moi.

Lunaire, allongeant le bras dans la direction de la pointe du Décollé, montre à Conomor une barque qui, à pleines voiles, gagne le large :

- Ma promesse est tenue, dit-il, tu peux voir Judual, debout au milieu du pont.

Conomor est furieux. Il frappe brutalement Lunaire au visage et, dans sa colère, il enfonce ses éperons dans le ventre de son cheval. L'animal se cabre, renverse son cavalier, tombe sur lui et lui brise la cuisse. Conomor demeure de longues semaines sur sa couche entre la vie et la mort. Pendant ce temps, Judual a gagné la cour de Childebert.

Dès qu'il est guéri, Conomor, par esprit de vengeance, ne pense plus qu'à faire sentir sa tyrannie sur l'ensemble de son domaine. Ses partisans commettent mille exactions. Une colère aussi sourde que profonde se manifeste dans tous les rangs de sa société. Quelques chefs de plous et de lanns n'hésitent pas à se faire les porte-paroles du sentiment général, nettement hostile à celui que l'on regarde comme un usurpateur et aussi un assassin. Conomor, auquel on doit reconnaître quelque courage, prend sans hésiter l'offensive contre ses adversaires.

Tugdual, le fondateur de Tréguier, est surtout l'objet de sa persécution, non pas tant parce que religieux, mais comme l'un des derniers représentants de la dynastie domnonéenne. Lunaire également connaît les mauvais offices de Conomor et se voit obligé de demander contre lui la protection de Childebert.

L'histoire ne dit pas ce que devint la mère de Judual : sans doute mourut-elle à Paris, puisque vers l'an 546 Conomor songea à se remarier.

Il avait entrevu depuis longtemps que, pour assurer la continuité de son plan politique, un accord avec le comte du Vannetais était nécessaire. Celui-ci, Wéroc ler, avait plusieurs enfants, notamment une fille, Triphine, qui était fort jolie, très bonne et très intelligente. Conomor la fit demander en mariage, Wéroc, qui cnnaissait la mauvaise réputation du solliciteur, qui n'ignorait rien de son attentat contre Judual et le croyait en outre coupable du meurtre de lona, refusa de l'agréer pour gendre.

Conomor conçut de ce refus un violent courroux. Il dépêcha l'un de ses fidèles lieutenants, appelé Ruz (le Rouge), pour dire à Wéroc que, s'il ne consentait pas à son mariage avec Triphine, ce serait la guerre.

Saint Gildas de Rhuis se trouvait alors dans son ermitage de Castel Noec, près de Bieuzy, où le Blavet se replie sur lui-même ainsi qu'un serpent. Il s'était creusé dans le rocher une chapelle « voirement en quarré, mais un peu plus longue que large », dit un auteur du xvii ème siècle. Wéroc le fit appeler et lui demanda d'être l'arbitre du conflit qui venait de s'élever entre le maître du Pays du Blé noir (la Cornouaille) et le maître du Pays du Blé blanc (Vannetais).

Gildas accepta de remplir le rôle de conciliateur qu'on lui offrait et Wéroc adressa un message à Conomor pour lui dire :

- Je te donnerai ma fille, si Gildas vient me la demander pour toi.

Dès la réception de ce message, Conomor se rend auprès de Gildas. Il plaide sa propre cause, se déclare innocent des meurtres qu'on lui impute, assure que ce n'est pas son ambition personnelle qui le guide et qu'au-dessus des intentions qu'on lui prête, il voit surtout l'avenir du pays. Il rappelle opportunément quelques-uns de ses bienfaits, glisse adroitement sur les persécutions qu'il a dirigées contre Lunaire et Tugdual et termine en assurant à Gildas que Triphine ne peut qu'être heureuse avec lui.

Ses paroles ont un ton d'autorité qui en imposerait à tout autre qu'à Gildas, d'autant mieux qu'en habile diplomate, Conomor ne manque pas de laisser entendre que, malgré son amour pour Triphine, s'il est une fois de plus rebuté, ce sera la guerre impitoyable.

- Une poignée de paille enflammée sera jetée au vent pour montrer à Wéroc que ma colère passera sur ses terres et les ruinera.

Gildas se laisse intimider par cette menace plutôt que convaincre par les serments. Désireux d'éviter un conflit sanglant, se flattant, en outre, que la piété de Triphine pourrait, si Conomor l'aimait vraiment, agir sur son caractère, il se rend à son tour chez Wéroc et lui dit :

- Donne-moi ta fille. Avec l'aide de Dieu, je te la rendrai saine et sauve.



Comme dans la plupart des récits que nous rapportons ici, le merveilleux et le légendaire vont maintenant se mêler étroitement à la vérité historique et même, bientôt, absorber celle-ci. La tradition populaire, celle que se sont transmises oralement, depuis des siècles, les vieilles conteuses, va faire de Conomor l'un des êtres les plus malfaisants que la terre ait portés. Sa mémoire sera chargée de tous les crimes. Non seulement on l'accusera d'avoir tué ou tenté de tuer ceux qui pouvaient gêner son ascension vers un pouvoir toujours plus absolu, mais encore, sous le manteau des hautes cheminées où flambent les ajoncs pendant les veillées d'hiver, on racontera qu'avant d'épouser Triphine, il a pour le moins tué cinq femmes. De là, à l'identifier avec Barbe Bleue, il n'y a qu'un pas et beaucoup de conteurs ont franchi ce pas.



Les noces eurent lieu. Elles furent somptueuses. Tous les seigneurs de la Domnonée, de la Cornouaille, du Poher et du Vannetais y prirent part. Il y eut un grand festin auquel les pauvres furent seuls à être conviés. Suivant la coutume, les nouveaux mariés, malgré leur rang élevé, servirent humblement ceux-ci.

Au moment de la bénédiction nuptiale, Gildas avait remis à Triphine un anneau d'argent qui, de tout blanc qu'il était, devait devenir noir comme l'aile d'un corbeau si Conomor projetait contre elle quelque crime.

L'histoire et la légende sont d'accord pour assurer que -les premiers mois de l'union des nouveaux époux se déroulèrent dans une -atmosphère heureuse. Conomor se montrait plein de douceur et de prévenance. Le loup continuait à se faire mouton. Hélas ! cette sérénité ne dura pas. Des nuages sombres surgirent bientôt dans un ciel qui n'avait qu'en apparence gardé tout son azur.

La cause de ce changement, historiquement, est tout politique. Wéroc est devenu vieux. Conomor veut lui succéder. Or, le père de Triphine a cinq fils et c'est entre eux qu'il désire partager ses Etats. Conomor estime ce morcellement contraire à ses intérêts. Il s'allie avec le fils aîné de Wéroc, Machiau, ambitieux autant que lui, et somme son beau-père de partager entre eux deux le Comté Vannetais. Wéroc refuse énergiquement d'entrer dans les vues de son gendre et ce dernier conçoit de cette attitude autant de déception que de colère. C'est la première fois qu'on lui résiste en face. Il cherche les moyens de se venger de Wéroc et c'est alors que naît en son esprit l'odieux projet de s'en prendre à Triphine...

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MessageSujet: Re: Triphine et Conomor   Dim 22 Mai - 22:06

Et la tradition populaire de conter comme suit l'événement.

Avant de partir à la cour de Wéroc, Conomor a confié à Triphine les clefs d'un caveau voisin de la chapelle, dont la porte se trouve à la base de la plus haute tour de son château, le Castel Finans, une citadelle formidable, aux confins du Poher et du Vannetais ; ses ruines démantelées par les siècles se voient cependant encore sur la rive droite du Blavet, dans la commune de Saint-Aignan, un peu en aval de Gwerlédan.

A son retour, Conomor trouve Triphine en train de broder avec des fils d'argent un bonnet d'enfant.

- Que faites-vous là ? demanda-t-il.

- Vous voyez, répond-elle, joyeuse, je prépare une layette pour le fils qui naîtra de vous.

Conomor se rappelle le songe de la mère de Judual. D'autre part, une sorcière lui a prédit qu'il mourrait de la main de son fils. En entendant les paroles de Triphine, sans prononcer un mot, sans doute pour ne laisser rien percer de ses intentions, il s'en va, en fermant brutalement la porte de l'appartement.

Triphine, bien que profondément peinée, ne s'inquiète pas outre mesure de cette colère subite. Elle croit plutôt à un mécontentement passager causé par les mauvais résultats des démarches de son mari aupres de son père.

Tout à coup elle regarde la bague que lui a donnée saint Gildas. Au lieu d'un cercle d'argent, c'est un cercle noir qui entoure son doigt. Elle comprend qu'un danger imminent la menace et décide de prendre au plus tôt la fuite. Mais comment s'échapper du château sans éveiller l'attention de Conomor et de ses soldats ? Elle pense que le ciel l'inspirera et descend à la chapelle pour prier. La porte de la chapelle est voisine de la porte du caveau dont Conomor lui a confié la clef. Qui sait ? ce caveau conduit peut-être à un souterrain qui lui permettra de gagner la campagne. Elle l'ouvre et recule, effrayée, en apercevant six sarcophages. Cinq d'entre eux sont recouverts d'une dalle. Le sixième est vide, la malheureuse ne sait que penser. La nuit est venue. Triphine s'apprête à se retirer, mais les dalles se soulèvent et les cinq premières femmes de Conomor lui apparaissent.

Prends garde, lui disent-elles. Conomor te cherche pour te tuer comme il nous a tuées nous-mêmes. Le cercueil qui est vide a été préparé pour toi. C'est parce que, ainsi que tu l'as fait, nous l'avons prévenu de notre prochaine maternité, qu'il nous a donné la mort. Il sait, grâce à l'esprit du mal, que le. fils qui naîtra de lui sera le justicier de tous ses crimes et il ne veut pas qu'il voie le jour.

- Oh ! comment lui échapper ? halète Triphine.

- En allant retrouver ton père au Pays du Blé

- Je ne puis quitter le château avec le chien qui en garde la porte.

- Eh bien, donne-lui ce poison que m'a versé Conomor, dit la première morte.

- Et, pour gagner le chemin, comment descendre le long de la muraille ?

- Sers-toi de cette corde qui m'a étranglée, conseille la seconde.

- Et qui me guidera dans la nuit ?

- Cette flamme qui m'a brûlée, déclare la troisième.

- Pourrais-je jamais accomplir un aussi long parcours ?

- Prends ce bâton qui a brisé mon front, propose la quatrième.

- Et si je ne puis plus marcher ?

- La haquenée blanche, à laquelle j'ai été attachée par les cheveux, te portera, dit enfin la cinquième.

Grâce à ces indications précieuses, à ces secours inespérés, Triphine a pu quitter le château. Conomor la cherche partout. Il ne la trouve pas, mais on lui vient annoncer que son fidèle cerbère est mort empoisonné. Il devine ce qui s'est passé et que Triphine doit être déjà loin. Il monte au sommet de la tour et regarde l'horizon aux quatre coins. Il aperçoit au nord un corbeau qui croasse, au levant une hirondelle qui passe, au midi un goëland qui plane, et dans la direction du couchant une tourterelle qui fuit.

Dans la réalité, Triphine s'est sauvée au sein de la forêt (actuellement les bois de Quénécan), elle a traversé le Blavet et atteint la voie romaine de Rennes à Carhaix, dont on trouve encore des traces dans les communes actuelles de Mûr, Caurel, Gouarec, Rostrenen. Afin de dépister ceux qui pourraient la poursuivre, elle a fait retourner les fers de son cheval. Conomor n'a pas été longtemps dupe du stratagème. Il s'est élancé et, tout de suite, a pris la bonne route. Triphine entend le galop des chevaux. Elle se cache dans un buisson. Le lévrier fauve de Conomor la dépiste en aboyant. La malheureuse se réfugie dans la chaumière d'un berger. Elle est toute défaillante, rien ne peut plus la sauver de la mort qui l'attend.



Mais, à ce moment, reprend la légende populaire, elle aperçoit le faucon d'or de son père. Elle l'appelle et lui remet la bague, pour qu'il prévienne Wéroc. Puis elle s'abandonne à Dieu.

Conomor a rejoint l'infortunée Triphine à l'endroit précis où se trouve actuellement l'église de la commune qui porte son nom.

Elle est à genoux, le visage contracté par la terreur. Des larmes abondantes coulent de ses yeux. Des sanglots étranglent sa voix. C'est en vain qu'elle supplie son bourreau de l'épargner. Conomor reste sourd à toutes ses supplications. Son coeur est insensible, l'horreur du crime ne l'effraie pas. Il tire son glaive du fourreau et l'abat sur la tête de celle qu'il disait tant aimer. Triphine tombe parmi les bruyères, dans une mare de sang, pendant que son odieux époux regagne tranquillement Castel Finans.

Le faucon d'or a déposé la bague dans la coupe de Wéroc qui devine le drame affreux dont Triphine est l'innocente victime. Il dit à Gildas :

- Si ma fille est morte, c'est que tu l'as voulu, tiens ta promesse, rends-la-moi.

Gildas ne peut croire à tant de perfide cruauté de la part de Conomor. Il gagne, en hâte, la demeure du bourreau, pour obtenir de lui l'aveu de son épouvantable forfait.

C'est en vain qu'il frappe à la porte du Castel ; qu'il appelle, qu'il se nomme. On ne lui répond pas ou, du moins, les soldats du meurtrier, derrière leurs remparts, le raillent et l'insultent. Gildas alors s'approche de la rive du Blavet. Après avoir prié, il prend une poignée de terre qu'en signe de malédiction il lance sur les murs du château. Ceux-ci s'écroulent.

C'est le premier acte. Voici le second :

Le faucon d'or a guidé Gildas et l'a conduit sur les lieux où Triphine a été frappée. Elle est encore étendue, sans vie, sur le sol ensanglanté. Elle porte à la tête une horrible plaie. Gildas apprit naguère, de saint Iltud, les secrets de la médecine druidique. Mais que pourrait la science ici sans la prière ? Gildas est parvenu à ranimer la fille de Wéroc. Dès qu'elle a repris ses sens, il la reconduit à son père et dit à celui-ci

- Je te rends le dépôt que tu m'avais confié. Ta fille, morte pour tous, par la grâce de Dieu, est vivante.

Garde-la désormais et nourris avec de grands soins, quand elle lui aura donné le jour, l'enfant qu'elle porte en son sein.

Cette véritable résurrection eut en Bretagne un retentissement immense. Elle fit tout à la fois connaitre les vertus de Triphine, la sainteté de Gildas et l'opprobre de Conomor.

Mais Gildas ne se pardonnait pas d'avoir pu, contre son intention, livrer « la pure colombe aux griffes du vautour ».

Après avoir rendu la vie à Triphine, il lui restait d'assurer le châtiment du tyran. Le bourdon à la main, il parcourut la Cornouaille, la Domnonée et le Léon, dénonçant le crime affreux commis par Conomor. Il mit trois ans à accomplir cette mission, qui se termina par la réunion, en l'année 548, en plein coeur des Etats de Conomor, sur la montagne du Ménez-Bré, d'une foule énorme où les Machtierns, les Tierns, les chefs de plous et de lanns, les moines, les abbés coudoyaient les gens du peuple et les paysans, sous la présidence des sept prélats de Bretagne.

Solennellement, Conomor fut jugé et déclaré coupable d'avoir assassiné le prince Iona, la reine Triphine, et, en outre, commis bien d'autres. Anathématisé par les évêques, renié comme roi par le peuple, il fut excommunié et condamné à la perte de tous ses droits et de tous ses biens spirituels et temporels, civils et religieux.



Quelque temps après l'attentat de Conomor, la dotice Triphine était morte pour tout de bon cette fois, en donnant le jour à un fils, baptisé du nom de Trech Meur (545) (grand vainqueur), Gildas, à la demande de Wéroc, s'était chargé de son éducation.

Conomor n'avait pas tardé à connaître cette naissance. Sur son ordre, ses soldats avaient recherché l'enfant. Ils ne l'avaient pas trouvé.

Le 8 mai 554, alors que Conomor, en maudit qu'il était, errait dans les bois, ses pas le portèrent sur les lieux où il avait abattu Triphine d'un coup de glaive.

Des enfants jouaient à la crosse. Parmi leur jeune troupe il en était un, plus soigneusement vêtu que les autres et que ses camarades appelaient Trémeur.

Le nom retint l'attention du tyran. Il regarda l'enfant et lui demanda son âge.

- Je vais avoir neuf ans.

Alors, un rapprochement se fit dans l'esprit de Conomor. Il eut tout de suite l'intuition et, bientôt, la certitude que cet enfant était son fils et le fils de Triphine. Il décida immédiatement de le supprimer. Sans hésiter, comme il avait fait pour la mère, il lui trancha la tête. Puis, croyant n'avoir été vu de personne, il s'en alla.

Le petit martyr le laissa s'éloigner, après quoi, dit la légende, il prit sa tête dans ses mains et la porta jusque sur le tombeau où sa mère dormait son dernier sommeil.

Dans le cimetière de Sainte-Tréphine (Côtes-duNord), contre un lec'h, apporté en cet endroit par deux jeunes taureaux noirs attelés avec un cheval blanc, s'élève une chapelle de construction moderne qui abrite le tombeau de saint Trémeur. Celui de sa mère se trouve à quelque distance dans le cimetière même.

A l'intérieur de la chapelle cinq pierres sphéroîdales émergent du dallage. Les gens du pays, qui ont tôt fait de trouver subjectivement l'explication de toutes choses, déclarent que ce sont là les boules que Trémeur poussait avec sa crosse, quand il fut tué par son père.

Pendant plusieurs années, après le « concile de Ménez-Bré », Conomor vécut en se raillant de la sentence qui avait été prononcée contre lui et qui, pensait il, ne serait jamais exécutée.

Ce fut saint Samson, d'accord avec saint Magloire et saint Malo, qui se chargea de le détromper. Samson se rendit à Paris et fit au roi Childebert et à la reine Ulthogoth un exposé complet des crimes reprochés à Conomor. Il réclama Judual, pour le rétablir sur le trône domnonéen.

Conomor avait des influences à la cour et ce ne fut pas sans mal que Samson put les surmonter. On tenta même de le faire disparaître en mêlant du poison à son breuvage. Mais la coupe se brisa d'elle même, au moment où il la porta à ses lèvres.

A force d'insister, Samson obtint enfin de Childebert qu'il lui remit Judual. Quand on sut en Bretagne l'arrivée prochaine du jeune prince, tout le pays laissa éclater son enthousiasme. Des seigneurs l'allèrent trouver pour lui dire qu'ils se mettaient sous ses ordres afin qu'il vengeât son père. Dès que le fils de Iona disposa d'une armée suffisante et sûre, il entra en campagne contre Conomor « violateur de toute justice ».

Trois batailles, toutes plus sanglantes l'une que l'autre, furent livrées successivement. Conomor fut vaincu à chacune d'elles, mais les deux premières fois, il parvint à s'échapper. A la troisième rencontre, qui se déroula, croit-on, à la limite des monts d'Arrhée, en la paroisse actuelle de Plounéour-Ménez, Judual et Conomor se trouvèrent en présence. Le combat fut terrible et d'une issue incertaine pendant une grande partie de sa durée. Mais Judual finit par atteindre Conomor d'un coup de javelot. Le tyran s'écroula, frappé à mort.

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MessageSujet: Re: Triphine et Conomor   Lun 1 Aoû - 11:22

c'est une histoire vrai????
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MessageSujet: Re: Triphine et Conomor   Sam 6 Aoû - 17:26

vrai ou fausse le principal est de chercher en toi si tu y croit vraiment!!

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MessageSujet: Re: Triphine et Conomor   

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Triphine et Conomor
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