Aux Etats-Unis, la "Transition" prépare l'après-pétrole
LE MONDE | 21.11.09 | 14h22 • Mis à jour le 21.11.09 | 14h22
Boulder (Colorado) Envoyé spécial
Au beau milieu des Etats-Unis, l'après-pétrole a commencé. Au pays de
l'essence pas chère et de la négation du réchauffement, des groupes de
citoyens se sont donné pour mission d'aider les communautés américaines
à se préparer à la double échéance de la fin du pétrole et du changement
climatique. Leur mouvement a un nom : la Transition. Son coeur bat à
Boulder, dans l'Etat du Colorado (Etats-Unis), une enclave libérale et
progressiste de 100 000 habitants au sein de montagnes Rocheuses,
réputées très conservatrices.
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Tous les mercredis, on se bouscule sur le marché fermier de Boulder -
une curiosité en soi au royaume du centre commercial. Entre les étals de
fruits et légumes des agriculteurs bio, les militants de la Transition
distribuent leurs tracts. /"L'agriculture industrielle, fondée sur des
carburants bon marché, va s'effondrer"/, prédit Michael Brownlee, chef
de file du mouvement aux Etats-Unis. /"Tout notre mode de vie est
condamné. C'est très dur à entendre pour les Américains, élevés dans
l'idée qu'ils le méritent."/
Fondé par Rob Hopkins, le mouvement de la Transition a pris corps en
2006 à Totnes, petite ville anglaise de 8 000 habitants, avant
d'essaimer dans le monde entier. Ses militants ont un but : rendre leurs
villes résilientes avant le chaos qui s'annonce, par la quête de
l'autarcie énergétique et alimentaire. Avec une conviction : c'est
l'opportunité pour l'humanité de construire un monde meilleur. Et un
credo : la relocalisation de toutes les productions.
Formé par les fondateurs du mouvement à Totnes, Michael Brownlee, ancien
journaliste, a créé à Boulder, en 2008, la première initiative
américaine de la Transition. Depuis, l'association locale, qui emploie
trois salariés, a mué en centre de formation de nouveaux groupes dans
tout le pays et accouché d'un Transition Colorado, puis d'un Transition
US. En un an, quarante initiatives ont vu le jour aux Etats-Unis.
/"80 % de notre travail est centré sur l'agriculture locale, c'est le
levier le plus efficace à court terme, ce dans quoi les gens peuvent le
plus facilement s'engager"/, explique M. Brownlee. /"1 % seulement de
notre nourriture est produite à l'intérieur du comté, or ses habitants
dépensent 650 millions de dollars par an pour l'alimentation. Il y
aurait là de quoi sauver notre économie !"/ Les groupes créent des
potagers communautaires, encouragent l'installation d'agriculteurs bio
par des systèmes d'abonnement proches de ceux des Associations de
maintien d'une agriculture paysanne (AMAP) en France.
Au sein d'une nation où le sens de la communauté et du lobbying ne sont
pas des vains mots, le message passe. Soixante-quinze restaurants du
comté affichent leur engagement à privilégier les produits locaux. Même
les supermarchés mettent en valeur sur leurs rayons la production de la
région. /"La Transition ne doit pas juste être un groupe de gens dans
leur coin. Il faut engager toute la communauté pour avoir une chance de
réussir"/, explique M. Brownlee.
Le comté de Boulder soutient et finance le mouvement. La collectivité a
créé un conseil de l'agriculture et de l'alimentation, dans lequel
siègent des représentants de la Transition. Et ses élus ont entrepris de
réorienter en douceur les monocultures industrielles vers une
agriculture vivrière de proximité. Avec un atout maître : grâce à une
politique d'acquisition foncière de longue haleine, la majorité des
terres agricoles sont des propriétés publiques louées aux exploitants.
Un quasi-kolkhose, au pays de l'Oncle Sam !
Ancien maire de Boulder, Will Toor, est l'un des trois dirigeants de ce
comté de 300 000 habitants : /"Nous essayons de développer les cultures
maraîchère et biologique, mais ce n'est pas si simple. Il faut d'abord
créer des débouchés, assurer un marché local. Surtout, nous manquons de
fermiers !"/ Volontariste, le comté a créé sa propre formation à
l'agriculture pour encourager les vocations. /"Quelqu'un qui suit la
formation et nous présente un business-plan peut obtenir des terres
quasiment gratuitement",/ assure M. Toor.
Le mouvement peut-il aller plus loin, convaincre des gouverneurs, des
sénateurs ? M. Brownlee n'y croit pas. /"Il ne faut pas attendre le
gouvernement pour faire avancer les choses. Les gouvernements, même
locaux, font face à des situations qui les dépassent. Il faut agir dès
maintenant, communauté par communauté."/ A Totnes, les cousins
britanniques ne disent pas autre chose.
*Grégoire Allix*
Article paru dans l'édition du 22.11.09